Jardinage

Nid de bourdon dans la terre : comment l’identifier, le sécuriser ou faire intervenir un professionnel ?

Élise Kerbrat 9 min de lecture
Nid de bourdon dans la terre : quoi faire, sécuriser et identifier

Un va-et-vient d’insectes au ras du sol, un petit trou dans la pelouse, une activité inhabituelle près d’une terrasse : face à un nid de bourdon dans la terre, le bon réflexe n’est ni de boucher l’entrée ni de pulvériser un produit au hasard. Le plus souvent, les bourdons sont peu agressifs et le nid peut être surveillé jusqu’à sa disparition naturelle. En revanche, si le nid est dans une zone de passage, près d’enfants ou d’une personne allergique, il faut agir avec prudence.

Identifier le nid avant d’agir

Un nid de bourdon installé dans le sol est souvent discret. Les bourdons utilisent volontiers une cavité déjà présente : ancien terrier, trou dans une bordure, espace sous une dalle, pied de haie, talus, pot de fleurs ou recoin d’abri de jardin. L’entrée peut paraître minuscule, alors que la colonie se développe plus profondément dans la terre.

Nid de bourdon dans la terre que faire : trou discret dans la pelouse avec des bourdons entrant et sortant
Nid de bourdon dans la terre que faire : trou discret dans la pelouse avec des bourdons entrant et sortant

Les signes qui orientent vers des bourdons

Le bourdon se reconnaît à son corps trapu, velu, souvent noir avec des bandes jaunes, blanches, rousses ou orangées selon l’espèce. Les ouvrières et les mâles mesurent généralement de 8 à 21 mm, tandis que la reine peut atteindre 15 à 23 mm. Leur vol paraît plus lourd que celui d’une guêpe, avec un bourdonnement grave et régulier.

Près du nid, on observe surtout des entrées et sorties individuelles ou en petit nombre. Les bourdons ne forment pas de grands essaims spectaculaires autour du trou. Ils reviennent chargés de pollen, circulent directement vers l’entrée, puis repartent butiner. À l’intérieur, le nid est fait de cire, de pollen et de matériaux isolants, avec des cellules de couvain qui abritent les jeunes.

Ne pas confondre avec guêpes ou abeilles

La confusion est fréquente, mais elle change la conduite à tenir. Les guêpes sont plus fines, moins velues, souvent plus vives autour de la nourriture sucrée ou des repas en extérieur. Les abeilles domestiques vivent plutôt en essaims plus nombreux et sont associées à des ruches ou à des cavités abritées. Les bourdons, eux, sont des pollinisateurs de la famille des Apidae, comme le bourdon terrestre, Bombus terrestris, et ils défendent surtout l’entrée du nid lorsqu’elle est menacée.

Insecte observé Aspect courant Comportement près du sol Réflexe conseillé
Bourdon Trapu, velu, vol sonore Allers-retours calmes vers un trou Observer, baliser, éviter de déranger
Guêpe Fine, jaune et noire, peu velue Activité plus nerveuse, parfois nombreuse Prudence accrue, identification avant action
Abeille Plus fine qu’un bourdon, velue Présence possible en essaim ou cavité Contacter un apiculteur si besoin

Évaluer le danger réel selon votre situation

Un nid de bourdon dans la terre n’est pas automatiquement dangereux. Les bourdons piquent rarement sans raison, mais le risque augmente si l’on marche sur l’entrée, si l’on tond au-dessus, si un chien gratte la terre ou si quelqu’un tente de déplacer le nid sans précaution. Seules les femelles piquent, car elles possèdent un aiguillon.

Nid de bourdon dans la terre que faire : comparaison visuelle entre bourdon, guêpe et abeille
Nid de bourdon dans la terre que faire : comparaison visuelle entre bourdon, guêpe et abeille

Quand la cohabitation est généralement possible

Si le nid se trouve au fond du jardin, dans une zone peu fréquentée, et que personne au foyer n’est allergique au venin d’hyménoptères, la solution la plus raisonnable consiste souvent à ne rien faire. On peut simplement éviter le secteur, suspendre temporairement la tonte autour du trou et prévenir les enfants de ne pas s’en approcher.

Cette patience a du sens, car la colonie suit un cycle annuel. La reine fonde le nid au printemps, souvent à partir de mars après la sortie d’hibernation, puis les ouvrières prennent le relais. Une colonie peut compter de 50 à 600 ouvrières et mâles autour d’une reine, parfois environ 300 individus selon les cas. En fin de saison, le nid décline et n’est généralement pas réutilisé l’année suivante.

Les cas qui changent le niveau d’urgence

La situation devient plus sensible si le nid est à moins de quelques pas d’une porte, d’une terrasse, d’un bac à sable, d’un potager très utilisé ou d’un passage obligé. Même chose si une personne allergique vit sur place ou vient régulièrement, car une piqûre peut alors avoir des conséquences sérieuses. Les animaux domestiques sont aussi à surveiller : un chien curieux peut creuser l’entrée et déclencher une réaction défensive.

En cas de doute sur une allergie, de piqûres répétées ou de réaction inhabituelle après piqûre, il faut privilégier l’avis médical et éviter toute intervention personnelle. Le nid n’a pas besoin d’être attaqué pour poser problème : il suffit parfois qu’il soit mal placé dans l’organisation du quotidien.

Que faire immédiatement sans provoquer la colonie

La priorité est de réduire les contacts accidentels. Un nid dans la terre devient surtout problématique quand il se trouve dans un couloir invisible, comme une trajectoire de tondeuse, un passage entre la maison et le garage, le bord d’une terrasse ou l’accès au compost. Avant toute décision radicale, mettez en place une zone de sécurité simple.

Fiche officielle du Bourdon terrestre : identification et infos clés : Découvrez la fiche espèce officielle de la LPO sur le Bourdon terrestre, avec des informations pour l’identifier et le distinguer des espèces proches.

  • Ne bouchez pas l’entrée du nid, les bourdons chercheraient une autre sortie ou s’agiteraient.
  • N’arrosez pas le trou et n’utilisez pas d’insecticide sans diagnostic.
  • Éloignez les enfants et les animaux du secteur.
  • Placez un repère visible à distance, sans planter de piquet dans le nid.
  • Décalez la tonte, le débroussaillage ou les travaux de sol autour de la zone.
  • Observez à distance, idéalement quelques minutes, pour confirmer le type d’insecte.

Un jardin mêle racines, galeries anciennes, humidité, feuilles mortes et petits abris invisibles depuis la surface. Le nid de bourdon n’est donc pas une anomalie isolée, mais le signe qu’un volume du sol offre chaleur, protection et accès rapide aux fleurs. Cette lecture aide à décider avec plus de calme. Si le nid reste loin des gestes du quotidien, on le laisse fonctionner. S’il croise une routine humaine, on adapte la circulation plutôt que de perturber brutalement la colonie.

Laisser, déplacer ou détruire : choisir la bonne option

La bonne réponse dépend moins de la présence du nid que de son emplacement. Les bourdons sont utiles à la pollinisation et peuvent butiner longtemps chaque jour ; certaines reines restent actives à des températures très basses, autour de 2 °C, et de jeunes ouvrières peuvent tolérer environ 6 °C. Leur rôle au jardin est donc précieux, surtout quand d’autres pollinisateurs sont moins présents.

Option 1 : laisser le nid en place

C’est l’option à privilégier lorsque le nid est éloigné des passages. Elle ne coûte rien, limite les risques d’intervention et respecte le cycle naturel de la colonie. Dans beaucoup de cas, il suffit d’attendre la fin de saison. Les jeunes reines fécondées chercheront ensuite un abri pour l’hiver, parfois dès juillet ou août, tandis que les insectes restants disparaîtront progressivement.

Option 2 : sécuriser sans déplacer

Si le nid gêne modérément, un aménagement léger peut suffire : détourner un chemin, déplacer une table de jardin, poser une petite barrière visuelle, prévenir les voisins ou reporter des travaux. Cette approche est souvent plus sûre qu’un déplacement improvisé, surtout si l’entrée est dans un terrier profond ou sous une dalle. Elle permet aussi de garder le contrôle sur la zone sans perturber la colonie.

Option 3 : faire déplacer le nid

Déplacer un nid de bourdons est délicat, car il faut préserver la reine, les ouvrières et le couvain. L’intervention se fait plutôt la nuit, lorsque les bourdons sont moins actifs, mais cela ne la rend pas anodine. Transférer le nid dans une boîte ou un pot de fleurs peut être évoqué dans certains cas, mais une mauvaise manipulation peut provoquer des piqûres et condamner la colonie. Si le nid est proche d’une entrée, inaccessible, profond ou mal identifié, mieux vaut contacter une association naturaliste locale ou un professionnel habitué aux hyménoptères.

Quand appeler un professionnel et ce qu’il ne faut pas faire

Un professionnel n’est pas nécessaire pour chaque nid, mais il devient pertinent lorsque le risque humain dépasse la simple gêne. L’objectif n’est pas de détruire par réflexe, mais d’obtenir une identification fiable et une solution proportionnée. Un avis extérieur aide aussi à éviter une erreur entre bourdon, guêpe et frelon.

Les situations où demander de l’aide

Contactez un spécialiste si une personne allergique est exposée, si le nid se trouve près d’une porte d’entrée, d’une crèche, d’un commerce, d’une terrasse très fréquentée ou si plusieurs piqûres ont déjà eu lieu. Faites aussi appel à un professionnel si vous hésitez entre bourdons, guêpes ou frelons, car les méthodes et le niveau de risque ne sont pas les mêmes.

La destruction doit rester un dernier recours, réservée aux cas où aucune cohabitation ni sécurisation n’est possible. Elle est d’autant moins souhaitable que plusieurs espèces de bourdons sont fragilisées ; 16 espèces figurent sur liste rouge selon les informations couramment reprises en jardinage naturaliste. Préserver un nid quand c’est possible, c’est aussi soutenir directement la pollinisation des fleurs, fruitiers et légumes.

Les gestes à éviter absolument

N’intervenez pas en journée avec une pelle, une tondeuse ou un jet d’eau. N’essayez pas de brûler, noyer ou boucher le nid : ces gestes augmentent le danger immédiat et peuvent disperser les insectes. Évitez aussi les produits insecticides appliqués sans identification, car ils touchent d’autres insectes utiles et ne règlent pas toujours le problème si la cavité est profonde.

La conduite la plus sûre tient en trois étapes : identifier à distance, sécuriser l’espace, puis décider selon l’emplacement et les personnes exposées. Si le nid est calme et isolé, laissez-le vivre jusqu’à la fin de son cycle. S’il menace réellement la sécurité du foyer, faites confirmer la situation avant toute intervention.

Élise Kerbrat
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